Jour blanc et voyants rouges

Jour blanc et voyants rouges

Jour blanc et voyants rouges

Jour blanc et voyants rouges

[désolés, lecteurs, de ce texte un peu long... mais beaucoup d'enseignements à tirer...]

"Fin février 2018, avec 2 collègues, nous avions programmé une sortie ski de randonnée. La

veille, les prévisions du BERA était risque 1 jusqu'à 2000 m, puis risque 2. La météo n'était pas trop

bonne : temps couvert sans pluie ou neige. Nous nous sommes dits que si le temps se dégradait,

nous changerions d'itinéraire puisqu'il y avait plusieurs possibilités dans les environs.

Le jour J, nous voilà partis après avoir fait les vérifications d'usage (DVA etc.). Nous

constaterons plus tard que nous n'avions pas vérifié qui avait des crampons. Arrivés à un col, nous

devons décider quel sommet faire en fonction de la météo. Nous restons sur notre projet. Nous

avions déjà été sur le sommet voisin.

Nous entamons la montée sur une neige dure qui nous amène à mettre les couteaux (nous

aurions du les mettre plus tôt). Sous l'arête, je préconise de mettre les vestes car en général il y a

du vent sur l'arête. Sur celle-ci, le vent commence effectivement à souffler, nous progressons

doucement jusqu'à un passage en rocher qui nous oblige à mettre les skis sur le sac. Les conditions

deviennent hivernales, le passage de cet éperon rocheux mérite d'être très attentif à nos

mouvements : la glace et le vent sans les crampons pourraient nous déséquilibrer, la chute serait

grave.

Tous trois habitués à ce genre de progression, nous arrivons sur le dernier faux plat. Là,

visibilité 0, un très épais brouillard nous entoure. Je connaissais les lieux et savais qu'il fallait

progresser par une petite descente puis une montée jusqu'à un vallon pour entamer la descente vers

les voitures. Bien sur, l'idée d'aller sur le sommet visé était abandonnée depuis longtemps, au vu

des conditions météo.

Avec le brouillard et le vent, la progression est difficile ; je sors mon mobile avec

l'application Iphigénie afin de voir où nous sommes et quelle direction prendre. Pensant être au

début de la descente, nous déchaussons, enlevons les peaux et entamons la descente toujours avec

une visibilité nulle. Re-consultant mon mobile (qui indique ''batterie faible''), je constate qu'il faut

un peu remonter à pied ! Encore une perte de temps ! Le vent est maintenant très fort. Arrivés au

début du vallon, nous rechaussons et entamons la descente. Soudain, une légère amélioration de la

visibilité nous permet de voir une pente accessible à tous avec une bonne neige ; nous la prenons.

Je ne consulte pas mon mobile car je voulais garder de la batterie pour le cas où nous aurions

besoin d'appeler les secours. J'arrive dans des arbres, et là, contrairement à toute attente, la pente

se fait beaucoup plus raide, ça craint. Il vaut mieux traverser sur la droite pour rejoindre le vallon.

Nous décidons de traverser MAIS un par un, car ça craint vraiment. Je traverse le couloir, à la fin

de celui-ci je fais un virage. Là, une coulée part, tout doucement, de la largeur du couloir. Je pars

avec la coulée sans tomber ; je vise des arbres grâce auxquels je me bloque. La coulée descend

200 m, emporte mes bâtons -lâchés pour mettre la main sur ma poignée Airbag au cas où...

Après avoir récupéré mes bâtons, nous descendons au bas de la coulée et retrouvons

l'itinéraire de retour jusqu'aux voitures."

Romuald

 

En guise de conclusion...

1 -Ouf ! Tout s'est bien passé au final car ils avaient : l'expérience acquise pendant des années au

sein du club, et tout le matériel nécessaire (à part les crampons !), dont un GPS (application sur

mobile) qui leur a permis de se repérer dans ce « jour blanc ».

Pensons, sur le parking, à citer devant tous les participants (même les habitués) à voix haute,

l'ensemble du matériel indispensable. Un oubli est vite venu et peut nous mettre en difficulté

suivant les conditions du terrain et météorologiques.

En ski de randonnée, les crampons sont rarement utiles... mais parfois indispensables : donc bien

s'interroger sur leur présence dans les sacs, selon la nature de la course MAIS AUSSI les conditions

de terrain du jour J.

2 - Ne sommes-nous pas trop rassurés avec un GPS en poche ? Le simple fait de se savoir localisés

ne nous donne t-il pas l'impression d'être plus fort que tous les éléments naturels ?

L'équipement d'aujourd'hui (GPS, Airbag) ne pousse t-il pas a faire toujours plus ? Je dois

rester vigilant...

D'ailleurs, ce matériel (ou son utilisation) montre ses limites : Romuald ne consulte pas son GPS,

alors qu'il s'agit d'un moment crucial dans la recherche d'itinéraire, car la batterie de son mobile

montre des signes de faiblesse.

Pensons à avoir une seconde batterie, de rechange (et/ou utilisons le portable des autres, s'ils en

ont) car, avec le froid, les batteries se déchargent rapidement. Le mieux est de garder son appareil

au chaud, à proximité de son corps... mais attention aux interférences possibles avec le DVA!

« Jours de grand vent » = le GPS est bien utile , la carte papier s'envole !

Mais tout de même : toujours avoir carte papier/boussole (et savoir s'en servir !).

3 -Peut-être que le groupe aurait du faire demi-tour avant la série de "soucis", puisque des voyants

rouges apparaissaient (temps qui se couvrait, difficulté de monter sans crampons...) ?

De façon générale : en montagne, qu'est ce qui nous pousse à poursuivre ? à négliger les voyants

rouges (prévi météo qui se confirment...) jusqu'à, parfois, nous enfermer dans un piège ? Comment

renoncer ?...

Beaucoup de réponses possibles, ça dépend des cas : le nez dans le guidon (ou dans les spatules !),

l'envie de faire plaisir au groupe, le désir de découvrir ce sommet là car le voisin est connu,

l'investissement passé à préparer que l'on ne veut pas voir inutile, l'optimisme (souvent utile !!) qui

fait penser que ça va s'améliorer, l'ego...

En tout cas, ayons ces questions en tête pour nous aider à faire les bons choix en temps voulu.

4- Le groupe a su tout de même renoncer au sommet. Le niveau des skieurs a toujours été pris en

compte pour le choix des descentes.

Heureusement, les skieurs sont passés un par un dans le couloir...

Penser à ne pas mettre les dragonnes, ce qui permet de se désolidariser des bâtons en cas

d''avalanche.

Etre prêt à actionner l'Airbag en temps voulu... Quand même... : l'équipement de sécurité... du

plus pour ma sécurité !

Le BERA avait bien été consulté avant la sortie... mais au final risque 2, c'est parti quand même.

Donc rester vigilant dès qu'une sortie ne se déroule pas comme prévue, mettre au service son

expérience pour gérer au mieux la situation... comme cela a été fait !

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